Les comparateurs, nouvelle plaque tournante

Les comparateurs, nouvelle plaque tournante

Publié par le 5 novembre 2010

Disons-le tout de go. Le principal enjeu des comparateurs est celui de la transparence tarifaire et des garanties. Le monde de l'assurance BtoC a longtemps été marqué par l'opacité sur les prix. Comment permettre aux clients de choisir en connaissance de cause entre des produits d'assurance souvent complexes ? Difficile quand on ne peut réellement passer au crible l'ensemble de l'offre. Historiquement, le courtier s'est donné ce rôle d'arbitre. Un véritable juge… commercial qui a également le mérite de cerner les subtilités de l'assurance. Sa faiblesse : il compare une assiette de contrats forcément limitée. Comment proposer un panel exhaustif ? Tel un serpent de mer, cette interrogation a longtemps hanté le secteur. Là où la grande distribution, dont la figure emblématique reste l'hypermarché, propose de vastes espaces d'exposition de produits de différentes marques, l'assurance s'est longtemps contentée de « mini-markets », au meilleur des cas Internet a tout bouleversé. Grâce aux portails web, différentes offres peuvent enfin être réunies au sein d'une place de marché virtuelle : le comparateur. Raillé et pourfendu par les uns, méprisé par les autres, mais soutenu par une poignée de progressistes, cet empêcheur de ronronner a longtemps peiné comme Sisyphe pour se faire une crédibilité sous le soleil de l'assurance française. Depuis peu, la donne a changé. A en croire plus d'un acteur du secteur, cette dynamique est en passe de s'emballer, a la faveur de différents arguments. Pour Stanislas Di Vittorio, directeur général d'Assurland, plusieurs raisons à cela : «La réussite du modèle de comparateur dans d'autres pays européens et tout particulièrement outre-Manche n'est pas neutre à un tel changement ; le succès d'Assurland suscite également des appétits. » De son côté, Martin CORIAT, directeur général du comparateur LeLynx.fr, passe en revue les conditions qui, à ses yeux, expliquent le décollage de ce marché : « Outre l'engouement pour le net, la hausse des tarifs motive les assurés à aller dans les espaces de comparaison ; ajoutez à cela l'arrivée de nouveaux acteurs pure players internet comme idMacif et autre Amaguiz. Tarifer et souscrire sur le net devient facile, d' autant que la loi Châtel facilite désormais les condi-tions de résiliation d'un contrat d'assurance.»

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L'indépendance en question

Sur le terrain depuis dix ans, cette plate-forme est la plus mature, de l'aveu même de ses concurrentes. Apres de nombreux soubresauts, elle semble avoir trouvé sa voie. Témoin les chiffres présentés à son actif. Apres deux ans de fonctionnement, « la société avait atteint son seuil de rentabilité», assure Stanislas Di Vittorio. Pour aller plus loin, il fallait renforcer le nombre de partenaires assureurs présents clans son espace afin que les internautes bénéficient des meilleures comparaisons possibles. Mais cela n'a pas suffi. D'où son recours à un financement externe auprès du groupe Covéa. Si l'arrivée de cette Sgam dans le capital du comparateur a contribué à son développement, sa présence reste un problème éthique. «Comment ne pas s'interroger sur la neutralité de ce concurrent qui est à la fois juge et partie? Dans un marché où la concurrence est rude, la tentation est grande de le voir mettre la main sur les clients glanées par sa filiale» dénonce un concurrent. Un procès qui relève davantage de l'intention que de la réalité comme l'a affirmé, en substance, Jean-Claude Seys, vice-président de la Sgam Covéa. Pour être lave de tout soupçon, ou presque, Assurland vient d'annoncer son intention de s'engager en bourse. Une opération qui aura pour corollaire un désengagement de l'assureur. Selon Assurland, Covéa devrait passer dans un premier temps en dessous de la majorité du capital. Les modalités d'un désengagement supplémentaire ne sont pas encore fixées.
Sur les traces de l'acteur historique qui revendique 80 % de parts de marché, Hyperassur est de ceux qui nourrissent de grandes ambitions de développement. Peu après son lancement, il se posait déjà en alternative à Assurland. Avec pour volonté d'afficher l'ensemble des offres obtenues, ce qui n'était pas le cas de la concurrence, il y a encore quelques années. Cette stratégie a séduit plusieurs partenaires assureurs pour les branches autos (10), sante (15), assurance de prêt (5), etc. Afin de s'enraciner dans son paysage métier, le comparateur va avoir besoin de relais de croissance. C'est le sens de l'ouverture de son capital à Alico. Une option qui remet au centre des débats la neutralité des comparateurs, même si Hyperassur estime s'appuyer sur un partenaire financier n'ayant pas de licence IARD en France et donc n'intervenant pas sur les mar-chés auto, MRH ainsi que sur l'assurance santé qui représentent l'essentiel de son chiffre d'affaires. En revanche, il est présent sur le terrain de assurance emprunteur comme Alico dont il intègre l'offre dans son panel de comparaison, «une offre traitée au même titre que les autres», précise Tanguy Thévenet, directeur général. Cela suffit-il A rassurer le marché ? Certainement, estime Hyperassur, à en juger à travers le nombre de partenaires assureurs qui continuent de faire confiance à ce comparateur, à savoir «une cinquantaine d' assureurs», indique le DG. Pour l'équipe dirigeante, garantir la neutralité est synonyme de pérennité. D'où le dialogue amorcé avec les assureurs préalablement à l'ouverture de son capital.

Un outil pour les intermédiaires

Quid de LeLynx.fr, autre nouveau concurrent arrive en France début 2010? Ii essuie également les mêmes soupçons du fait de la présence d'un assureur dans le capital de sa maison-mère d'origine anglaise. Scion Martin Coriat, «cette filiation n'aura aucun impact sur la neutralité de Le-Lynx.fr, l'ensemble des offres passées au crible étant restitué au client». Quand on sait le procès intenté à ses concurrents, il devra trouver d'autres arguments solides pour soutenir son impartialité. Sur ce terrain des comparateurs, des acteurs d'obédience mutualiste interviennent également. C'est le cas de Kelassur. Historiquement présente sur ce terreau avec devismutuelle.com, cette plate-forme compare les contrats de particuliers d'une douzaine de mutuelles et d'assureurs. Une décennie après son lancement par l'éditeur Statimut, les contrats santé représentent l'essentiel de son activité (90%), le reste portant sur l'auto, la MRH et l'emprunteur. Elle réalise 24 000 tarifications mensuelles. Depuis peu, le comparateur compte dans la structure de son capital le courtier Assu 2000. Une entrée qui «n'est pas de nature à remettre en cause sa neutralité; de toutes les manières, nous sommes tenus, par essence, de jouer l'atout de l'objectivité, première règle de survie d'un comparateur», observe Nicolas Dulman, son DG.
Le champ des comparateurs compte également d'autres acteurs qui visent davantage les courtiers et/ou groupes d'agents généraux et les aident à renforcer leur dynamique de vente, dans une optique BtoB. Courtanet s'inscrit dans cette mouvance. «Il y a encore cinq ans, les courtiers ne disposaient pas de véritables outils de comparaison de produits de grandes marques. Quand bien même c'était le cas, ii fallait plusieurs jours pour finaliser une affaire nouvelle. Trop long», indique Jehan de Castet, PDG. Evacuer ces déconvenues a motivé la société à lancer le comparateur Benefit. Sa vocation : permettre aux intermédiaires de comparer les contrats des principaux assureurs du marché. Depuis 2009, Courtanet s'est diversifié en mettant sur pied Assurmieux, un site web grand public qui a pour mission de glaner des prospects pour le compte de courtiers. 200 000, c'est le nombre de visiteurs mensuels répertoriés. Les données amassées sont mises à la disposition de tous les partenaires. Elles peuvent être disséquées grâce à un outil statistique.

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