Moto : fin du bridage à 100 chevaux/retrofit, quid de l’assurance ?

Publié par le 20 avril 2016

Après plus de 30 ans de bridage, toutes les motos commercialisées en France peuvent officiellement développer plus de 100 chevaux. Publié au Journal Officiel, l'arrêté impose une seule condition : la présence d'un système ABS. Mais ce qui pourrait passer pour une victoire définitive sur l'arbitraire et sur la stigmatisation des motards est loin de tout régler, et notamment en matière d'assurance. Explications. 

Moto : fin du bridage à 100 chevaux/retrofit, quid de l’assurance ?

Le bridage des motos à 100 chevaux aura finalement tenu 31 ans. Malheureusement, sa suppression n'est pas la conséquence de trois décennies d'actions menées par les principaux intéressés, mais par la pression de l'Europe qui souhaite uniformiser la législation dans les pays membres.

L'ABS : l'exception française

Et même là, l'Etat français a trainé des pieds car il aura fallu attendre 4 mois pour que les ministres concernés apposent leur signature sur l'arrêté modifiant le code de la route et qu'il soit publié au Journal Officiel.

En réalité, toutes les motos répondant à la norme Euro4 et équipées de l'ABS (celles immatriculées à partir du 1er janvier 2016) pouvaient déjà afficher librement plus de 100 chevaux. Le problème portait surtout sur le retrofit, soit la possibilité de débrider toutes les autres machines commercialisées avant et capables de dépasser les 100 chevaux. On parle ici des motos d'occasion, mais aussi de modèles neufs coincés dans les concessions, ces dernières se savant pas quoi dire à leurs clients.

Une fois de plus, l'Etat a tranché sur ce sujet et fait à nouveau valoir une exception tricolore. En effet, le texte officiel autorise le retrofit pour toutes les motos munies d'un système d'antiblocage des roues ABS. Une condition qui n'existe pas ailleurs en Europe. Et contrairement à ce qui était annoncé, il ne précise pas une norme anti-pollution. Autrement dit, les motos Euro3, mais aussi Euro2, voire Euro1, peuvent afficher plus de 73,6 kW sur leur carte grise à condition de disposer de l'ABS. Dans les faits, assez peu de machines commercialisées avant 2007, avant Euro3 donc, bénéficient de l'ABS.

Attention, les motos qui n'ont jamais été commercialisées à plus de 100 chevaux, dans aucun pays européen, ne peuvent toujours pas les dépasser. Préparer sa moto sans demander une nouvelle homologation est toujours interdit.

Retrofit : une opération compliquée et payante

Il est assez facile de voir l'impact du retrofit sur le marché de l'occasion, car sans ce précieux sésame les motos bridées auraient vu leur valeur s'effondrer. A l'inverse, il semble que le retrofit pour les propriétaires des machines éligibles soit désormais indispensable pour justement préserver la valeur de leur monture.

Et c'est là que le bât blesse car la procédure s'annonce déjà compliquée. Le texte officiel impose de passer par le constructeur (ou par ses représentants, les concessions donc) pour débrider ou remettre en configuration d'origine sa moto et gérer la partie administrative. Une opération que l'on imagine assez mal être gratuite. Pas plus que la nouvelle carte grise car il sera délivré une nouvelle plaque d'identification à la suite du débridage.

Inutile de vous précipiter car les motos à livrer seront traitées en priorité, celles déjà immatriculées devront attendre, et les services en Préfecture n'ont semble-t-il toujours pas reçu les consignes. C'est ce que nous confirment deux concessionnaires que nous avons contactés.

L'éclairage du comparateur

Si l'assurance des motos déjà livrées à plus de 100 chevaux ne pose pas de problème, celle des machines qui vont être modifiées soulève en revanche plus d'interrogations.

Ne serait-ce que parce leurs caractéristiques vont changer et qu'elles recevront une nouvelle carte grise. Autrement dit, une moto qui va bénéficier du retrofit ne sera plus celle inscrite au contrat, le risque à assurer sera différent. Et en matière d'assurance, cela peut donner lieu à trois cas de figure que confirment deux assureurs que nous avons sollicités :

  • Votre assureur accepte ce nouveau risque et produit un avenant au contrat qui valide les nouvelles caractéristiques de la moto. Le tarif ne change pas. Il s'agit d'un scénario assez peu probable car les assurances pourraient estimer que la nouvelle puissance constitue une aggravation du risque.
  • Votre assureur accepte ce nouveau risque et produit un avenant au contrat qui valide les nouvelles caractéristiques de la moto. Le tarif subit une majoration.
    C'est l'hypothèse la plus probable mais l'augmentation devrait se faire au cas par cas, en fonction de l'écart entre l'ancienne et la nouvelle puissance, du profil du conducteur et de ses relations avec son assureur. Sachez qu'il est tout à fait possible de refuser l'augmentation et de mettre fin au contrat. Utiliser un comparateur pour assurer sa moto débridée peut alors s'avérer payant.
  • Votre assureur refuse ce nouveau risque et procède à une résiliation du contrat . Parce qu'un assureur est libre d'assurer ou non, il peut estimer que la nouvelle puissance implique un risque trop important à couvrir. Il s'agit d'un scénario probable surtout pour les conducteurs déjà considérés comme des profils à risque.

Pour l'heure, avoir une idée des augmentations que pourraient subir les primes est très difficile car les assureurs n'ont pas le recul suffisant pour calculer ce nouveau risque. Par ailleurs, il semble que les compagnies n'aient pas encore transmis de consignes sur ce sujet à leurs agents.