Tout savoir sur le nouveau contrôle technique 2018

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Retenez bien la date du 20 mai 2018. A compter du 20 mai 2018, la réglementation européenne du 3 avril 2014 relative au contrôle technique des véhicules à moteur entrera en application en France. Ce contrôle plus strict sera-t-il plus cher ? Voici ce que signifiera concrètement ce changement pour l’automobiliste et le contrôleur.

Un contrôle technique moins laxiste

Annoncé en Août dernier, la réglementation prévoyait un contrôle technique avec 400 points de vérifications dès l’an prochain qui a finalement été revu à la hausse.

Jusqu’à la date d’entrée en vigueur de la nouvelle réglementation, le contrôle technique repose aujourd’hui sur un examen constitué de 123 points de contrôle pouvant faire remonter 453 défauts entrainant ou non, selon leur importance, une obligation de réparer.

Dès le 20 mai, il s’agira alors de contrôler 132 points – soit 9 de plus – qui permettront de remonter jusqu’à 606 défaillances possibles.
Au-delà de la sémantique, cette différence de vocabulaire revêt une importance. En effet, certains défauts jusqu’à présent jugés mineurs et n’impliquant pas de contre-visite deviendront des défaillances majeures et soumises au délai de deux mois pour être réparées (délai inchangé et aujourd’hui appliqué aux défauts majeurs).

Des défauts à réparer dans la journée !

Mais le nouveau contrôle technique crée également un niveau de défaillance dit « critique » qui, lui, obligera à réparer et passer sa contre-visite… dans la journée !
Concrètement, un véhicule affublé d’une défaillance critique ne pourra en effet plus rouler dès le lendemain de son contrôle. Autrement dit, pour se rendre au garage puis repasser son examen, il faudra en théorie mettre son véhicule en remorque ou sur un plateau.

En cas d’interpellation au volant d’un véhicule affublé d’une défaillance critique, l’automobiliste s’exposera à une amende de 135 euros, montant identique à l’actuelle contravention pour contrôle technique périmé ou défaut de contre-visite. Si la règle reste en l’état, mieux vaudra prévoir de réaliser son contrôle le matin pour avoir une chance de réparer l’après-midi !

Enfin, un premier niveau dit de « défaillance mineure » est conservé. Il rassemblera les défauts n’entrainant pas d’obligation de réparer, et donc d’effectuer de contre-visite. Pour aller plus loin : le texte européen
Par ailleurs, à la date du 20 mai 2018 s’ajoute celle du 1er janvier 2019 à compter de laquelle tous les centres de contrôle devront obligatoirement disposer d’opacimètres capables de déceler les défauts à l’échappement des moteurs diesel. Pour obtenir la fameuse vignette CT, un véhicule contrôlé ne pourra pas émettre plus de particules que la valeur mesurée lors de son homologation.

Un contrôle technique plus cher

L’augmentation du nombre de points de contrôle et de défaillances va inévitablement faire augmenter le montant de la prestation.
En effet, chaque contrôleur va consacrer plus de temps à l’examen des véhicules. Les professionnels du secteur estiment que l’augmentation se chiffrera dans une fourchette située entre 15 et 20 %. Ainsi, pour un contrôle technique aujourd’hui facturé 70 euros en moyenne, on pourrait en déduire que la facture grimpera autour de 85 euros. Mais cela pourrait bien ne pas suffire.
En effet, le nouveau contrôle technique exigera également une mise à niveau des contrôleurs eux-mêmes, lesquels passeront d’un CAP à l’exigence d’un Bac Pro. Ce diplôme de valeur supérieure devrait logiquement leur permettre d’exiger un meilleur salaire et la différence sera bien évidemment amortie sur la facture du client.

Centres de contrôle: des bouchons inévitables

La date butoir du 20 mai va immanquablement créer un effet de congestion dans les centres de contrôle. Les automobilistes dont les contrôles sont aujourd’hui prévus dans les semaines qui suivent voudront en effet sans doute s’épargner les tracas d’un contrôle plus strict et plus cher.

On l’a vu aussi, le protocole devenu sensiblement plus longs va alourdir les agendas des centres de contrôle. Si la sévérité en cas de défaillance critique donnera une sorte de prime aux lève-tôt (en passant leur contrôle tôt le matin ils amélioreront leur chance de pouvoir faire réparer dès le jour même), il faudra aussi pouvoir effectuer sa contre-visite dans la foulée…

Sans une réorganisation importante des centres de contrôle (avec par exemple des matinées dédiées aux visites et des fins de journées pour les contre-visite), de grosses déconvenues sont à prévoir.

Des emplois à prévoir, une organisation à revoir

Les professionnels estiment aujourd’hui que les obligations de contre-visites vont doubler dès l’entrée en vigueur du nouveau protocole. Et comme, à l’image des contrôles initiaux, celles-ci seront plus longues, elles risquent fort d’être facturées là où elles sont aujourd’hui le plus souvent offertes au client.

Enfin, les centaines d’offres recensées sur les sites d’emplois suffisent à s’en convaincre : le secteur est en manque de main d’œuvre sérieuse. Si le salaire moyen d’un contrôleur est aujourd’hui de 1480 euros (source ONISEP), certaines annonces mettent déjà en avant des salaires supérieurs à 2000 euros pour séduire les candidats.

Mais de nombreux centres fonctionnant avec un ou deux techniciens seulement n’auront de toute façon pas l’infrastructure pour contrôler plus d’un ou deux véhicules à la fois. Entre pénurie de main d’œuvre et infrastructures sous-dimensionnées, il sera donc difficile d’absorber l’effet de charge en embauchant de nouveaux contrôleurs.


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Quels bénéfices sur la sécurité ?

Ces éléments d’inventaire que certains jugeront comme autant de nouveaux étages à l’enfer auquel est déjà soumis l’automobiliste laissent tout de même apercevoir de bonnes choses. Tout d’abord, pour la sécurité de chacun, ces contrôles plus stricts devraient mécaniquement faire diminuer le nombre de tombeaux en devenir qui roulent sur les routes.

Pour certains défauts majeurs aujourd’hui constatés, un délai de deux mois pour réparer peut en effet sembler bien laxiste, d’autant que, aujourd’hui comme demain, le contrôleur n’a aucune autorité pour immobiliser un véhicule dangereux.
Par ailleurs, ce règlement étant européen, il a pour but d’harmoniser les règles pour l’ensemble de l’Union. Autrement dit, le contrôle technique sera le même à Berlin, Bruxelles ou Paris. Une bonne chose pour attester de l’état d’un véhicule importé.

Par ailleurs, la valeur d’un « CT vierge » tel que le mentionnent parfois abusivement certaines petites annonces de voitures d’occasion n’en sera qu’améliorée. Ce règlement qui s’inscrit dans un programme visant à réduire drastiquement le nombre d’accidents mortels sur les routes européennes devrait donc avoir des effets directement mesurables sur la qualité du parc automobile, et par extension sur la sécurité des automobilistes.

Bon à savoir

Le nouveau contrôle technique sera toujours valable pour deux ans et à effectuer la première fois au plus tard avant la fin de la quatrième année qui suit la première immatriculation. Une carte grise « collection » permet quant à elle de s’acquitter du contrôle une fois tous les cinq ans seulement, les véhicules de collection immatriculés avant 1960 étant quant à eux dispensés de tout contrôle.

 

Parce que l’automobile est un produit majeur de l’assurance, il est tout à fait normal de retrouver sur Hyperassur un journaliste spécialisée comme Alexandre. Depuis une quinzaine d’années, il contribue à de nombreux titres auto et hight-tech, et présente même une émission dédiée à l’automobile (Le Garage – OuatchTV).

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