Les comparateurs d’assurance en ligne

Publié par , le . Temps de lecture : 9 minutes.

L’assurance devient un produit de consommation comme un autre. À
l’instar d’un billet d’avion ou d’un lave-vaisselle, les clients
n’hésitent plus à utiliser l’arme Internet pour débusquer la meilleure
offre. Surfant sur la vague du low cost, les comparateurs d’assurances
en ligne ont fait florès ces dernières années. Ces sites proposent des
devis en moins de 5 minutes sur une large gamme de produits :
habitation, véhicule, santé… L’absence de conseils , le manque
d’exhaustivité, et la dépendance de certains comparateurs avec les
compagnies, sont autant de bémols qui, sans remettre en cause leur
utilité, – surtout en période récessive-, doivent être garder en tête.

Utiliser Internet afin de trouver
l’assurance la moins chère ? Un réflexe devenu banal. Aujourd’hui, plus
question pour le consommateur de s’adresser au premier assureur venu :
il veut en avoir pour son argent et n’hésite plus à comparer les offres.
Signe des temps, les comparateurs d’assurances en ligne ont fait une
percée remarquée ces dernières années. Selon une étude réalisée par
l’institut Ifop en mars dernier pour Direct Assurance, 36 % des
cyberconsommateurs utilisent un comparateur avant de souscrire un
contrat d’assurance. Une pratique qui a le vent en poupe : alors qu’elle
n’était qu’en sixième position l’année dernière, l’assurance arrive
cette année au quatrième rang des produits les plus comparés sur
Internet.

Apparus au début des années 2000 dans le sillage des comparateurs de
prix généralistes, les comparateurs d’assurances en ligne se targuent de
dénicher l’offre la plus adaptée aux besoins de l’utilisateur.
Promettant jusqu’à 40 % de réduction sur les contrats souscrits par
rapport à la moyenne du marché, ces sites possèdent plus d’un atout dans
leur manche : facilité d’utilisation, rapidité, gratuité du service.
Autant de points forts qui expliquent leur popularité en Europe : en
Grande-Bretagne, près de 50 % des contrats d’assurance automobile sont
déjà vendus via des comparateurs en ligne comme MoneySuperMarket,
Confused ou CompareTheMarket.

Si nos compatriotes sont moins habitués à faire jouer la concurrence,
le contexte économique délétère et l’envolée des tarifs pratiqués par
les assureurs laissent présager un bel avenir aux comparateurs présents
sur le sol français. Ces dernières années, les particuliers ont en effet
vu leurs primes flamber : +3 % à +10 % en 2012, selon le cabinet Facts
&Figures. L’augmentation des vols, des incendies et les catastrophes
naturelles ont fait grimper les tarifs de l’assurance multirisque
habitation.

Dans le domaine de la santé, la hausse s’est également fait sentir :
l’augmentation de 3,5 % de la taxe sur les mutuelles introduite en 2010
par le gouvernement Fillon, couplée à l’allongement de la liste de
médicaments déremboursés et aux dépassements d’honoraires des médecins,
tirent les tarifs vers le haut. Et cette tendance haussière ne devrait
pas se retourner de sitôt. Alors que Bruxelles exige que les
établissements d’assurance augmentent leurs fonds propres afin de
garantir leur stabilité financière – mesures dites de « Solvablité II » -,
ces sociétés viennent de voir leur portefeuille fondre avec la crise.
Bref, le contexte n’est pas franchement favorable au consommateur. De
quoi l’inciter à être plus regardant sur ses primes d’assurances.

Self service
C’est là que les comparateurs entrent en jeu. Le principe : l’internaute
remplit un formulaire en ligne permettant d’établir son profil et le
type de couverture qu’il désire. En fonction de ces données, le
comparateur lui propose alors une liste de produits d’assurance de
différentes compagnies, d’ordinaire classés en fonction de leur prix. Le
tout en l’espace de quelques secondes, et sans frais pour l’internaute.
En revanche, celui-ci doit généralement laisser ses coordonnées avant
de pouvoir visualiser les offres. Présentées de manière plus ou moins
détaillée, celles-ci ne figurent qu’à titre indicatif : si l’internaute
veut avoir des résultats plus personnalisés, à charge pour lui de
demander un devis. La demande se fait en quelques clics. S’il le
souhaite, il peut enfin décider de souscrire en ligne auprès de la
compagnie d’assurance lui ayant fait la meilleure offre.

Bémols
Mais que trouve-t-on exactement sur les comparateurs d’assurance ?
Premier bémol : contrairement à ce que leur nom laisse entendre, les
comparateurs ne prennent pas en compte l’ensemble des offres disponibles
sur le marché. Ils proposent seulement celles des compagnies dont ils
sont partenaires. En vérité, il s’agit moins de comparateurs à
proprement parler que d’intermédiaires, des sortes de plateformes
d’achat en ligne regroupant plusieurs compagnies d’assurance. Cette
position ambiguë a incité le Comité consultatif du secteur financier
(CCSF) à se pencher sur le cas des comparateurs.

Dans un avis publié en mai dernier, le comité jette un pavé dans la
mare : « certains sites Internet se présentent sur des moteurs de
recherche comme comparateurs », alors qu’ils comparent « un nombre très
limité de contrats, voire, dans certains cas, les contrats proposés par
un seul assureur » assène-t-il. Autrement dit, le panel d’offres proposé à
l’utilisateur sera plus ou moins étendu en fonction des partenariats
tissés par le site. Sans compter que certains sites se contentent de
recueillir les données personnelles de l’internaute pour les revendre
ensuite à des sociétés d’assurance, sans fournir de réelle prestation en
retour.

Second bémol : l’absence de conseil. L’internaute se retrouve seul à
décider devant son écran, sans forcément avoir toutes les cartes en main
pour choisir en toute connaissance de cause. Un problème soulevé par
Dominique Sizes, président de la Chambre syndicale des courtiers
d’assurance (CSCA) : « La conviction que nous avons, c’est que le produit
d’assurance est un produit complexe, pointe-t-il. Quand on passe par un
comparateur, il n’y a pas de conseil. Si à l’inverse, la prestation des
courtiers a un coût, celui-ci se justifie par le fait qu’il y a une
valeur ajoutée ». Dominique Sizes craint-il que ces sites fassent de
l’ombre aux intermédiaires traditionnels ? Pas vraiment : aux yeux du
président de la CSCA, leurs prestations sont complémentaires.

« Nos clients sont principalement des entreprises, qui sont assez peu
concernées par ces sites, souligne-t-il. Par ailleurs, on constate que
beaucoup de gens vont sur les comparateurs et reviennent ensuite voir
leur courtier ». Effectivement, beaucoup d’utilisateurs s’en servent pour
prendre connaissance les offres disponibles sur le marché, sans passer
forcément par la case achat.

Troisième et dernier bémol : les grandes compagnies d’assurance sont
peu présentes sur les comparateurs en ligne. L’internaute y trouvera
principalement des offres d’assurance directe, c’est-à-dire entièrement
gérées via Internet (voir encadré). Ceux qui préfèrent avoir affaire à
des sociétés d’assurance classiques, ayant pignon sur rue, en seront
pour leurs frais.

Tanguy Thévenet est le directeur général d’Hyperassur, un comparateur
lancé en 2006 qui regroupe une trentaine d’établissements partenaires.
L’homme déplore l’absence de compagnies d’assurance traditionnelles sur
son site : « les gros assureurs ne veulent pas venir chez nous parce
qu’ils possèdent déjà un réseau d’enseignes physiques, considère-t-il.
Ils n’ont donc pas besoin de nous, d’autant qu’ils peuvent encore
générer des marges très juteuses. Pourtant, nous serions ravis
d’accueillir l’ensemble des assureurs du marché ». Mais ces derniers font
moins la fine bouche qu’il n’y paraît : les offres proposées sur
Hyperassur « viennent souvent de filiales adossées à de grands groupes
spécialisées dans l’assurance directe », souligne Tanguy Thévenet.

Confrontés à la montée en force d’Internet et à la concurrence des
offres low cost, les assureurs classiques sont effectivement nombreux à
créer leur propre filiale d’assurance directe. Cette stratégie leur
permet d’être présents sur les comparateurs en ligne, si bien qu’une
soixantaine de compagnies sont désormais référencées sur Assurland, le
plus gros comparateur du marché, contre seulement la moitié il y a cinq
ans.

Procès d’intention
Mais les liens noués entre les comparateurs et leurs partenaires
soulèvent un autre problème, celui de l’impartialité de ces sites.
Toutes les offres sont-elles vraiment traitées à la même enseigne ?
Voilà une question qui turlupine beaucoup d’utilisateurs. Selon l’étude
de l’institut Ifop précédemment citée, un tiers des internautes
remettent en cause l’indépendance des comparateurs. Il faut dire que
beaucoup de ces sites appartiennent à… des compagnies d’assurance. La
société Axa est allée jusqu’à lancer son propre comparateur,
Quialemeilleurservice.com. Le site Assurland a pour sa part le groupe
Covéa (qui détient les assurances Maaf, MMA, GMF) comme actionnaire.
Quant à Hyperassur, il a été racheté par la société Alico, passée sous
le pavillon de la compagnie d’assurance américaine Metlife. « Ce groupe a
historiquement une activité de marketing direct et vient voir chez nous
comment ça se passe, justifie Tanguy Thévenet. On est pour eux une
sorte de laboratoire. »

L’homme balaie d’un revers de main tout soupçon de partialité :
« Metlife fait moins de 200 millions de chiffre d’affaires en France,
fait-il valoir. Par ailleurs, cette société n’est pas dans l’assurance
auto, alors que c’est notre spécialité. Ses offres sont présentées sur
notre site au même titre que les autres ». Aux yeux de Tanguy Thévenet,
ces soupçons relèvent du feu de paille. « Pour les comparateurs qui sont
sur un pur modèle de lead, à ma connaissance, il n’y a pas d’offres
biaisées sur le marché, affirme-t-il. Nos concurrents ne mettent pas non
plus en avant les offres de leurs actionnaires ». Et pour cause : « si on
favorisait un de nos partenaires, les autres assureurs s’en rendraient
compte ! » justifie-t-il.

Toutefois, le directeur général d’Hyperassur admet l’existence d’une
dissymétrie de marché, au sens où certaines compagnies sont
exclusivement présentes sur les sites dont elles sont actionnaires. « Les
offres que je n’ai pas sur mon site sont celles des actionnaires de mon
principal concurrent, Assurland ! C’est vrai qu’à ce niveau, cela
introduit un biais, souligne-t-il. Mais on serait très contents de les
accueillir ! » Chaque comparateur possède ainsi son pré carré, au
détriment de la diversité des offres.

Marge arrière
Également pointé du doigt, le business model de ces sites. Ceux-ci sont
uniquement rémunérés par les compagnies partenaires, pour qui les
comparateurs offrent une fenêtre de visibilité. Si ce modèle économique
leur permet de proposer gratuitement leurs services à l’internaute, il
pose également la question de leur indépendance vis-à-vis de leurs
partenaires. Dans le détail, les modes de rémunération varient selon les
sites : Hyperassur, par exemple, touche une commission à chaque mise en
relation entre le client et l’établissement. D’autres sont rémunérés au
clic ou font payer une sorte de droit d’entrée aux assureurs souhaitant
apparaître sur le site. Enfin, certains perçoivent une commission
forfaitaire à chaque contrat souscrit, à l’instar du comparateur
LesFurets.com (ex-AssureMieux.com). « Les contrats que nous établissons
avec nos partenaires sont identiques », assure Jehan de Castet, président
du site. Pas question, selon lui, de privilégier un assureur aux dépens
d’un autre.

Vers plus de transparence
Afin d’éviter les dérives, le CCSF a formulé une série de
recommandations. Le comité demande aux comparateurs d’indiquer
clairement leurs liens avec les assurances partenaires, et de garantir
que ces liens sont « sans influence sur la présentation et la sélection
des offres ». Il réclame également une présentation détaillée du contenu
des offres, incluant les exclusions et les taxes venant s’ajouter au
prix initial. Afin d’assurer un certain niveau de professionnalisme, le
CCSF recommande l’inscription de ces sites à l’Organisme pour le
registre des intermédiaires en assurance (Orias), au même titre que les
courtiers. Seulement voilà : il ne s’agit là que de recommandations.
Rien n’oblige les comparateurs à les suivre…

Autre initiative, celle de la Fédération du e-commerce et de la vente
à distance (Fevad). En 2008, la Fevad a mis en place une « charte
comparateurs » visant à assurer la transparence de ces sites. « Cette
charte vise à garantir le respect d’un certain nombre de bonnes
pratiques, notamment en ce qui concerne les critères utilisés dans les
classements présentés par les comparateurs » explique Marc Lolivier,
délégué général de la Fevad. Pour contrôler les signataires, la
fédération a mis en place un système d’audit payant : entre 1 500 et 2
000 euros en moyenne pour qui veut bénéficier du label de la Fevad.
Problème : pour le moment, seul un comparateur d’assurance a souscrit
cette charte, LesFurets.com.

De son côté, Tanguy Thévenet voit dans cet outil un « pur argument
marketing ». « Nous avons préféré travailler à partir de l’avis du CCSF
qui nous contraint à un certain nombre d’engagements vis-à-vis du
consommateur » fait-il valoir. Au demeurant, cet avis et la charte de la
Fevad ont un contenu sensiblement similaire, qui consiste à imposer une
obligation de transparence aux comparateurs. Sans pour autant remettre
en question leurs liens avec les compagnies d’assurance, pas plus que
leur mode de fonctionnement et de rémunération.

Une fois ces remarques, si ce n’est ces défauts de la cuirasse
rappelés, ces comparateurs s’avèrent cependant de bons outils pour
prendre connaissance des offres disponibles sur le marché. À condition
de ne pas être réfractaire à l’assurance directe… et d’appliquer
quelques principes de base. D’abord, il s’agit d’aller voir ce qui se
cache derrière la rubrique « mentions légales ». Celle-ci permet de savoir
si ce site appartient à une compagnie d’assurance. C’est le cas de bon
nombre de comparateurs : presque impossible d’y échapper ! En profiter
pour vérifier si la société est immatriculée auprès de l’Orias : c’est
un gage de sérieux. Second réflexe : consulter la liste des compagnies
d’assurance partenaires. Certains sites les affichent clairement, alors
que sur d’autres, il faut chercher un peu plus. Afin d’avoir le panel le
plus complet des offres disponibles sur le marché, l’idéal est
d’utiliser plusieurs comparateurs. À savoir : il existe également des
moteurs de recherche verticaux qui croisent les offres de plusieurs
comparateurs afin d’afficher des résultats plus complets.

Vient ensuite le moment de la souscription éventuelle. Un devis
détaillé permet d’étudier quelles garanties offre exactement le contrat.
Il s’agit de tenir compte des franchises, exclusions et autres plafonds
de remboursement : quelle couverture est proposée pour les soins
optiques et dentaires, par exemple. Sans oublier d’étudier les services
associés et les conditions auxquelles s’applique l’assurance, comme le
délai de déclaration d’un sinistre. En somme, ces précautions n’ont rien
de bien différent de celles à prendre lors de la souscription de tout
contrat d’assurance. Il importe de garder en tête que ces sites ne sont
que des instruments : à l’utilisateur de savoir en jouer afin d’en tirer
le meilleur…

Parce que l’automobile est un produit majeur de l’assurance, il est tout à fait normal de retrouver sur Hyperassur un journaliste spécialisée comme Alexandre. Depuis une quinzaine d’années, il contribue à de nombreux titres auto et hight-tech, et présente même une émission dédiée à l’automobile (Le Garage – OuatchTV).

Suivez-nous